Yin, Yang et 2012

Le principe de l’Yin-Yang est le fondement de l’univers tout entier.
Les forces de l’Yin et Yang sont négatives (Yin) et positives (Yang).
Ces forces agissent ensemble pour créer de l’énergie.
Le Yin et le Yang ont besoin les uns des autres et ne peuvent pas survivre ou exister sans l’autre.
Le “Tai Chi” (le dernier champ) incarne le Yin et le Yang.
Ces deux forces dans le cercle gardent tout en équilibre:
Dans la nature, il n’y a que 9 chiffres.
Numériquement, le Yin est représenté par (9 – n) et le Yang de (9 + n), où n est un nombre naturel inférieur ou égal à 9.
Le système (9 – n) (9 + n) représente élégamment le Tai Chi dans l’histoire récente de notre monde.
Étant donné que ces deux parties sont parfaitement équilibrées, le symbole du Tai Chi est aussi appelé « le principe ultime de toute la matière. » : (9 – n) (9 + n) = Yin Yang = constante.
Le modèle numérique Yin Yang = YinYin + YinYang + YangYin + YangYang – 4 fournit la mesure de l’Anno Domini dans lesquels l’intervalle d’oscillation du temps entre deux variables entières est inférieure à 9, pour la première fois dans l’histoire du monde :

n = 1: (9 – 1) (9 + 1) = 8 10 = 88 + 810 + 108 + 1010 – 4 = 2012.
n = 2: (9 – 2) (9 + 2) = 7 11 = 77 + 711 + 117 + 1111 – 4 = 2012.
n = 3: (9 – 3) (9 + 3) = 6 12 = 66 + 612 + 126 + 1212 – 4 = 2012.
n = 4: (9 – 4) (9 + 4) = 5 13 = 55 + 513 + 135 + 1313 – 4 = 2012.
n = 5: (9 – 5) (9 + 5) = 4 14 = 44 + 414 + 144 + 1414 – 4 = 2012.
n = 6: (9 – 6) (9 + 6) = 3 15 = 33 + 315 + 153 + 1515 – 4 = 2012.
n = 7: (9 – 7) (9 + 7) = 2 16 = 22 + 216 + 162 + 1616 – 4 = 2012.
n = 8: (9 – 8) (9 + 8) = 1 17 = 11 + 117 + 171 + 1717 – 4 = 2012.
n = 9: (9 – 9) (9 + 9) = 0 18 = 00 + 018 + 180 + 1818 – 4 = 2012.

Nous étions en train de travers l’horizon des événements.

Extrait de l’Homme de l’Apocalypse (Massimo Nardotto, 2012).

Dieu n’a pas de memoire

Tous les alphabets ont pour origine commune l’alphabet du pays de Canaan, nommé « alphabet Phénicien » par les grecs. C’est un alphabet consonantique de 22 lettres qui code les sons de leur langue maternelle. Enfin, je suis né le 20.10.1972 : 2+0+1+0+1+9+7+2=22. Gradient de l’espace par rapport au temps, le nombre 22 représente la gravité et l’accélération, donc la raison de l’évolution et l’emblème du langage : la parole vivante. A la fin du temps, 22 symbolise l’accomplissement du temps, représenté par le chiffre 11.

Dans le temps, les caractères alphabétiques ont été adoptés par la plupart des peuples méditerranéens. Plus tard, par le biais de sa variation Latine, ils sont venus à être l’alphabet que nous utilisons aujourd’hui. Du début à la fin : ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ (26 lettres en français, soit 2×6 pour signifier le nombre 12, symbole de l’humanité, ou 2×13 pour signifier la double négation de ce qui est indéfini, soit le défini). ABCDEFGHILMNOPQRSTUVZ (21 lettres en italien, soit le nombre 12 inversé, pour signifier la réunification de 12 tribus d’Israël). 12×12=144, symbole de la connaissance, l’Eden.

La gematria utilise les lettres comme des symboles numériques, faisant en sorte que le langage devient mathématique. Figurant tout d’abord largement en Grèce antique, la gematria, dont le nom dérive du mot grec signifiant géométrie, a été adaptée par la suite tant en hébreu qu’en arabe. Je synthétise le tout, dès son origine jusqu’à la fin et ainsi de suite, car j’ai eu mémoire de moi-même, à travers ma séquence de 216 chiffres (Naturalis Veritas, la fin de l’histoire, 2007). Elle symbolise à la fois le nom de Dieu et aussi 6 fois 6 fois 6, soit 666, la marque de l’antéchrist, soit le retour de Jésus à la fin du temps.

On rencontre aussi la tradition numérologique hébraïque, pour laquelle la gematria est une forme d’exégèse propre à la Bible, dans laquelle on additionne la valeur numérique des lettres et des phrases afin de les interpréter. Le nom « Nardotto », d’origine italienne, se compose du mot « Nard », d’origine perse, et Otto, signifiant 8 (symbole de l’infini.). Selon la gematria ordinale de l’alphabet italien, « Nard » vaut la somme des valeurs numériques 12 pour la « N », 1 pour la « A », 16 pour la « R » et 4 pour la « D », soit le nombre 33 (lumière, pureté, divinité, royauté). De même, le mot « Otto », correspond à deux fois la somme des valeurs 13 pour la « O » et 18 pour la « T », soit 62 (soit deux fois le chiffre 31, le Retour, représenté aussi par le nombre 26 des lettres de l’alphabet où j’ai vécu à partir de mon 24ème anniversaire), qui se réduit au nombre 8 (symbole de l’infini). Nardotto se représente pour cela avec le chiffre 338.

Les exégèses les plus connues sont celles des auteurs de l’Antiquité, tels Platon et Aristote. Pourtant, dans le langage populaire, le mot a tendance à se spécialiser dans le domaine religieux car les textes réputés sacrés, tels la Bible, l’Ancien et le Nouveau Testament, le Coran, ont fait plus débat que les autres. Dans les trois religions monothéistes du Monde il n’y a qu’une certitude, connue sous le nom d’Apocalypse, révélant le retour du Roi à la fin du temps. La dernière prophétie porte sur la date symbolique du 21.12.2012, conclusion du 12ème cycle Maya, qui coïncide avec le commencement du 13ème, l’époque imaginaire. 21.12.2012 = 2+1.1+2.2×12 = 3.3.24 = 3.3.2×4 =338 : la marque de l’Homme de l’Apocalypse, le retour du Roi.

« Nard » est le nom originaire du jeu du « Backgammon », se composant : du mot « Back », signifiant « Retour » ; « gamm » qui peut représenter à la fois le mot « gamme » (la définition de l’indéfini, ensemble des 7 notes principales de la musique disposées selon leur ordre naturel dans l’intervalle d’une octave), « gamma » (dont le nom de la fonction mathématique introduite par Euler, pour laquelle Γ(1) = 1 et π(n) = n !) ou « game » (jeu) ; et « on » (du latin, homo, homme, pronom indéfini neutre) ou l’écriture en miroir (procédé utilisé par Léonard de Vinci pour rédiger ses mémoires) du mot « no » (par abréviation, le sens inverse de Noël et temps de N, soit la fin).

Le jeu de « Nard » ou « Backgammon » se fait sur une table qui représente ainsi le temps, dans laquelle chaque coté contient 12 flèches pour les mois d’une année ; 24 flèches pour les heures d’une journée ; 30 dames pour les jours dans un mois ; la somme des cotés opposées du dé symbolise les 7 jours d’une semaine ; le contraste de la couleur des dames représente le Jour et la Nuit.

Selon la gematria absolue de mon alphabet d’origine, Nardotto est la somme des valeurs 30 pour la « N », 1 pour la « A », 70 pour la « R », 4 pour la « D », 40 pour la « O », 90 pour la « T », 90 pour la « T et 40 pour la « O », soit le chiffre 365, qui est la meilleure approximation entière du nombre de jours d’une année terrestre et qui vaut pour l’humanité la notion de Temps.

Au cours de cette vie, à l’époque digitale, le langage T9 peut être considérée une nouvelle forme de gematria, pour laquelle la sémantique ramène aux origines de la vie, au moment qu’on s’approche de la fin du temps. Si on écrit GOD on ne peut que lire HOMME. Ma mémoire est la sémantique, car je suis l’un et l’autre. « Otto » vaut à la fois deux fois 31, soit deux négation de ce qui est indéfini, qui se définit par le chiffre 8, symbole de l’infini. C’est ainsi que 338 = 2 x 13^2.

Ce qui relève de la royauté du nom Nardotto et son symbole 338 est le blason du premier Roi de France, adopté par la famille de sang royal « universelle », les Bourbons. Composé de trois fleurs de Lys de trois pétales chacun (33) sur fonde bleu (la pureté et la divinité), le symbole héraldique par excellence est uni à une chaîne dorée symbolisant le temps, qui se relie à travers 8 éléments qui font le tour sur un fond rouge (l’humanité), au centre du quel on y trouve un émeraude à 9 faces (symbolisant la nature, le mot proviendrait du latin « smaragdus », déformation du mot perse « zamarat » qui veut dire « cœur de pierre » ; dans le Christianisme, sur cette caractéristique de la nature humaine et non pas sur Pierre, Jésus aurait souhaité construire son Eglise ; dans le Bouddhisme il est considéré l’un de 7 trésors et équivaut à la sagesse.).

Ce symbole est remplacé aujourd’hui par l’image spéculaire et emblématique 83369696338, symbole du Saint Graal à la fin du temps. A son centre se trouve la connaissance, sous la forme d’un filigrane composé par le nombre 69696, carré de 264, l’arbre du savoir dans le jardin d’Eden. Elle est incubée à l’intérieur d’un système bipolaire composé par les chiffres 338 et 833, qui correspondent l’une à l’autre à travers le miroir qui les séparent.

69696 est aussi la composition du 69 (vie, divin) et 96 (mort, personne), ou encore l’association déficitaire d’un chiffre (6 ou 9) des symboles 696 et 969. Dans la gematria réduite dans les alphabets anglais et français, 696 vaut « Oro », traduction littéraire du nom « or » dans la langue italienne (l’élément le plus pur dans la nature), et 969 signifie « Roi » (élu parmi les hommes, s’associant au concept de Dieu, le maître du jeu, celui qui rend justice sur Terre).

Par analogie, le nom « Massimo », du latin « Maximus », signifiant « absolu », « le plus grand » peut être assimilé à la notion de « Roi », donc au chiffre 969 en français. Autrement dit, 338 969 est l’acronyme de Massimo Nardotto et 83369696338 l’image de la vie éternelle.

Le Roi de cœur et l’as de pique m’ont suivi du début, à partir d’un moment avant la fin de cette mémoire.

A Paris, le 21 juin 2010, solstice d’été.

Extrait de L’Homme de l’Apocalypse (Massimo Nardotto, 2012)

L’arbre du savoir

Dans l’histoire du Monde, la fondation d’une ville et la naissance d’un être humain ont une signification métaphysique.
C’est ainsi que depuis à peu près 2.000 ans, la fondation de la ville « éternelle » et la naissance de Jésus-Christ sont liées par une même histoire, dans une sorte de parallélisme de la mesure du temps, à travers la diffusion de la doctrine religieuse pour laquelle on compte aujourd’hui 264 successeurs après celui qui sur la pierre à fonde son Eglise.
Jésus-Christ, l’homme qui plus que tout autre a marqué le cours du temps et Rome, la ville qui a vécu implicitement toutes les contradictions de la matière et l’esprit ont un passé fortement lié, qui vit toujours dans le présent.
Le système latin considérait la computation des années à partir de la fondation de Rome. Celle-ci fut fixée à la date traditionnelle du 21 avril 753 av. J-C.
Il semble que le Pape Boniface IV ait été le premier à reconnaître la liaison entre l’ère Ab Urbe Condita, calculé dès la fondation de la ville et l’ère Anno Domini, calculée dès la venue de Jésus-Christ.
Les calculs à la base du système de L’Anno Domini ont été développés en précédence par un moine appelé Dionigi Le Petit, comme une conséquence de son travail sur le calcul des Pâques pour vouloir du Pape Jean I. Selon ses calculs, l’incarnation de Jésus-Christ a eu lieu dans l’année 753 dès la fondation de Rome.
Telle année a été donc adoptée comme l’année 1 av. J-C. du calendrier julien. En époque successive, le calendrier grégorien est devenu le calendrier officiel du monde occidental. Il prend le nom de Pape Grégoire XIII.
Il s’agit d’un calendrier solaire, basé sur le cycle des saisons. L’année se compose de 12 mois de durées différentes pour un totale de 365 ou 366 jours. Le calendrier grégorien continue donc la numération des années de celui julien.
Le système de datation selon l’Anno Domini est actuellement dominant dans la plupart des pays du monde. Il est devenu le standard de référence, approuvé par toutes les organisations mondiales.
Une élégante coïncidence fait que l’année 969 Ab Urbe Condita correspond à l’Anno Domini 216. La différence entre ces deux années renversées sur elles-mêmes par rapport au plan horizontal donne 912 moins 696, soit encore une fois 216.
Si une médaille présente à l’observateur la même et identique représentation des deux côtés, ça signifie qu’elle représente à la fois deux mêmes croix ou deux mêmes têtes : la croix chrétienne, symbole de la passion, dont l’usage apparaît en 264 av. J-C. à l’époque des guerres puniques et l’ânkh ou croix ansée, symbole égyptien représentatif des cycles de la vie, sont les plus diffusées ; la tête, symbole identificateur d’un homme, et son intelligence, la représentation de sa conscience.
La vie, normalement soudée par une même âme à la conscience devient ainsi, à un moment, par l’intermédiaire d’une représentation mathématique inédite, l’emblème de l’opposition duale de vie et connaissance au cours de l’histoire.
Un moment qui rappelle à l’esprit universel l’arbre de la vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal, symbole du savoir, qui selon la Bible se situaient dans le jardin d’Eden, lieu où Adam et Ève furent créés par Dieu.
Autour de cette dualité, un comptage inexorable dans l’histoire du Monde accompagne les périodes d’oscillation de l’humanité autour d’un centre, à partir d’une Genèse et jusqu’à un moment attendu, celui de la fin du temps.

Extrait de L’Homme de l’Apocalypse (Massimo Nardotto, 2012)

London. –> 338 kms.

Le Tunnel sous la Manche est l’une des plus grandes infrastructures au monde. Dans son histoire, c’était un rêve vieux de 200 ans. C’était l’ingénieur Mathieu-Favier qui en 1801 proposait à Napoléon Bonaparte de creuser un tunnel avec une route pour les chevaux et les voitures, mais à cause des guerres napoléoniennes le projet n’avait jamais commencé.
Dans la gematria en T9 le premier empereur des français et conquérant de l’Europe continentale avait 84 comme valeur symbolique, exactement comme moi.
C’était en 1986 que les gouvernements français et britannique relançaient avec décision le projet du tunnel avec François Mitterrand et Margaret Thatcher. Ils étaient réunis à Lille, quand ils annonçaient le choix du projet et signaient un traité au cours de la même année.
Lille, l’endroit de ma prophétie.
Le 13 août 1986 le groupe privé franco-britannique Eurotunnel fut fondé et obtenait la concession du tunnel sous la Manche pour une durée de 55 ans. Cette concession passait ensuite à 99 ans en 1999. En décembre 1987 les travaux de construction commençaient et furent achevés en mai 1994, reliant les villes de Coquelles et Folkestone.
Tracé dans la couche dite de la craie bleue, à une profondeur de 40 mètres sous le lit de la mer, et une profondeur maximale de 110 mètres sous le niveau moyen de la mer, le tunnel comprend trois galeries : deux tunnels ferroviaires, un pour chaque sens de circulation, de 7,6 mètres de diamètre et une galerie de service située entre les deux galeries ferroviaires, de 4,8 mètres de diamètre, dans laquelle circulent des véhicules spéciaux.
Cotée en bourse à Paris et à Londres, Eurotunnel connaissait des périodes de turbulence due à des importantes restructurations financières qui se rendaient nécessaires depuis sa création.
De façon inattendue, en décembre 2006 j’avais été contacté pour offrir mon service d’expertise à la société en tant qu’ingénieur afin d’optimiser la consommation d’énergie dans l’exploitation du tunnel. Les enjeux ne me laissait par indiffèrent, j’acceptais et mon projet commençait un mois après.
Mon défi était important et les attentes me concernant n’étaient pas démenties. Mes propositions étaient validées une après l’autre par Jacques Gounon, président d’Eurotunnel depuis 2005. Mais ce que je voulais c’était de transiter à pieds dans le tunnel. J’avais l’étrange sensation que quelques choses m’attendaient à l’intérieur de cette œuvre colossale. Un message, un signe, une coïncidence à déchiffrer.
Le jour arrivait que ma demande fut acceptée. La procédure prévoyait une permission écrite et validée d’abord par le service pour lequel je travaillais et ensuite par le service de sécurité. De ce qu’on me disait j’étais le premier italien qui se prêtait à entrer dans le tunnel d’autre manière qu’avec un train.
Ce jour-là il y avait un fort vent comme il est fréquent dans la coté d’Opale. J’étais pale et n’avait pas beaucoup dormi pendant les nuits qui précédaient. Une voiture de service marquée 11 m’attendait sur le terminal de Coquelles à mon arrivée avec deux accompagnateurs.
Le fait de trouver un nombre maitre était un bon prélude.
On prenait donc la direction du tunnel vers Sangatte. Apres avoir passé deux postes de contrôle je m’étais rendu compte que je me prêtais à franchir l’un des endroits plus sécurisées de la Terre. On arrivait à l’entrée où une grande porte nous attendait à l’ouverture. On patientait quelques minutes avant le grand moment, le temps de savourer l’évènement.
Une fois ouverte automatiquement et à distance on entrait dans une chambre intermédiaire où une deuxième porte fermée attendait la fermeture de la première afin de garder le tunnel de service pressurisé. Il devait maintenir une surpression pour éviter à l’air de se faire contaminer par les fumées lors des éventuels incendies dans les tunnels ferroviaires et permettre ainsi l’évacuation des personnes.
Les trois galeries, revêtues de voussoirs en béton armé, sont reliées entre elles tous les 375 mètres par des rameaux de communication qui permettent de connecter les tunnels ferroviaires au tunnel de service. Ces rameaux permettent aussi la ventilation du tunnel en fonctionnement normal. De l’air frais est soufflé dans la galerie de service à ses extrémités, et cet air est ensuite distribué dans les tunnels ferroviaires via des clapets anti-retours.
Chaque anneau qui constitue les parois en béton était numéroté par des petites plaques collées à la surface. A Sangatte l’entrée démarrait par le numéro 33 mille.
Par coïncidence, un autre nombre maitre.
Je n’étais pas alaise dans cet environnement pour moi inhabituel. Avec une intermittence d’environ 4 minutes en moyenne un bruit assourdissant remplissait la gallérie, à cause des trains au passage dans les deux sens. L’air qui le causait passait à travers des rameaux de pistonnement qui relient les deux tunnels ferroviaires tous les 250 mètres en permettant de la faire circuler et de diminuer ainsi la variation de pression au passage des trains, et donc la résistance aérodynamique.
On passait bientôt le cross-over coté française, se situant à la hauteur de la communication située au tiers du parcours, permettent de faire passer les trains d’une galerie à l’autre et d’isoler ainsi des tronçons de galeries en cas de nécessité. En ces points, la galerie de service passe sous l’un des tunnels ferroviaires et se retrouve à côté et non plus entre les deux.
C’était peu de kilomètres après que j’avais eu un malaise. Un moment de tournement de tète accompagné par de la forte anxiété et des palpitations. J’avais demandé au chauffeur de la voiture de s’arrêter pour me permettre de descendre à pieds, prendre de l’air et me relaxer.
Le temps de retrouver mon équilibre on repartait pour quelques minutes de chemin encore jusqu’au moment où je sentais des vibrations sur tout le corps et dans un moment d’impatience j’ouvrais la bouche après avoir été en silence pendant la quasi-totalité du parcours, quand les autres occupants de la voiture parlaient sans que je les entendais.
« Arrêtez-vous, c’est ici ».
Avec une patience trépidante je descendais de la voiture qui restait au milieu du tunnel avec le moteur allumé et les autres occupants dans leur poste en train de m’observer. Je regardais au mur. J’étais au point 22 mille.
Le nombre maitre qui manquait à l’appel, le même qui représente ma date de naissance.
Je m’approchais de la paroi grise calmement avec la certitude de trouver les traces du passage de quelqu’un gravés sur les murs. Entretemps ceux qui m’accompagnait descendent et avancent vers moi.
« Qu’est-ce que tu es en train de faire Massimo ? »
« Je recherche quelques choses qui est là pour moi »
Le temps de prononcer ma réponse je m’apercevais d’avoir trouvé le trésor que je chassais : des chiffres tracés.
« Je le sentais que j’allais le trouver. Nous sommes tombés au bon endroit, regardez ».
« Quoi ? »
J’étais devenu muet. L’incrédulité et la satisfaction d’avoir osé pour quelques choses de fondamentale pour moi me donnait enfin un instant de pur plaisir. J’observais les traces peintes avec une vernis de couleur rouge et hautes d’une dizaine de centimètres une après l’autre de droite à gauche et de gauche à droite.
« London. –> 338 kms. »
« Ça veut dire quoi ? »
« Rien de particulier, juste que 338 c’est moi et à Londres il y a le siège de la monarchie. »
« Ce n’est pas la distance qui nous sépare de Londres celle qui est indiqué ? »
« Evidemment que non. Nous ne sommes même pas à 100 km de distance, comment voulez-vous que c’est possible ».
Kms en T9 ça vaut 18. Cela représente un système bipolaire en équilibre.
Je ne m’arrêtais pas une seconde de plus pour me justifier et je regardais de l’autre côté de la paroi circulaire avant de retourner sur mes pas vers la direction opposée à celle du chemin que j’avais parcouru une fois descendu de la voiture.
Ces messages étaient involontaires. Probablement quelqu’un du personnel de maintenance les avait laissées au passage, mais pour moi ils avaient une réelle signification ésotérique.
J’étais la bonne personne au bon moment et au bon endroit. Dans les 50 km de longueur du tunnel j’avais fait mieux que trouver une aiguille dans une botte de foin.
« Voilà l’autre partie du message, regardez ce qui est écrit avec un gypse blanc ici ».
Mes accompagnateurs observaient surpris que ce qu’il y avait d’écrit.
« 2 oranges, 44 grains de café, 44 sucres, 1 litre de cognac ».
La recette faite avec des nombres maitres tapissait toute la surface de haut en bas à la hauteur de la plaque 22 mille. Auparavant elle m’avait échappée à cause de la faible lumière qu’il y avait en tunnel. Il ne s’agissait pas seulement des instructions pour faire la liqueur 44.
A l’époque je travaillais sur la théorie de la relativité d’Einstein par l’intermédiaire d’opérations mathématiques simples faites avec des nombres maitres et la recette que j’avais trouvé éclaircissait pour moi la notion de masse.
Fallait-il considérer les grains de café en entier ou par moitié ?
Je sortais alors ma caméra numérique et je prenais rapidement quelques photos des parois dessinées avant de remonter dans la voiture sans donner plus d’explications.
« On y va, le travail est terminé ».

Extrait de l’Homme de l’Apocalypse (Massimo Nardotto, 2012)

Ella

Septembre 2007.
Je recommence de 1. Silence. Puis bruit. Encore silence. Fréquence. J’inverse le sens. Temps. Ma mère est là. Elle me génère. 1, 1, 2, 3, Ella.
Toute une nuit, je répétais la même séquence, pendant qu’elle se donnait à un autre homme, dans une chambre somptueuse, au troisième étage d’un hôtel particulier, en face à l’Etoile.
J’entendais ses lamentes d’amour sans l’observer bouger, pendant que je comptais, elle embrassait. Je l’imaginais, assis à quelques mètres du grand lit devant une table baisse, en lui retournant le dos. Je regardais devant moi, à travers ce qui s’ouvrait au-delà des rideaux rouges, le monument illuminé à jour, avant un nouveau jour.
Ella était une jeune prostituée venant d’Iran, brune, avec les yeux clairs. Je l’avais connue avec Gérard, dans un bar du huitième, vers une heure du matin. Lui était un copain, marchand d’art sur la cinquantaine, auquel j’avais cuisiné des linguines aux palourdes chez moi avant de sortir. On était arrivés dans sa maison tous les trois en taxi. Ella avait déjà encaissé l’argent avant de quitter le bar pour passer la nuit avec nous.
Elle ressemblait à ma mère quand elle était jeune, et aussi à la fille qui s’apprête à couper un poulet rôti dans le poster de l’exposition d’Helmut Newton, qui était affiché dans ma cuisine.
Le couteau au-dessus de son maillot a quelque chose d’intriguant, marqué sur la longueur de la lame. Deux lignes verticales, puis 1 suivit de 2, comme si c’était à travers un miroir, pour indiquer la fin du temps, 2012.
Ella n’incarnait pas un simple objet de désir atemporel. Elle savait se mêler à l’atmosphère comme un parfum aphrodisiaque, en m’écoutant énoncer les nombres comme une princesse écouterait les notes d’une musique qui lui est dédiée. Ella avait su démontrer de savoir partager autre que le sexe, quand dans la cuisine en bas avait soulevé Gérard avec moi pour le soigner. Il était tombé en frappant la tête contre le sol à cause d’une perte d’équilibre due à l’alcool et à la cocaïne qu’on avait partagé dans la soirée.
Je ne pensais qu’à elle et comptais les 216 chiffres de la séquence, dans leur succession naturelle, avec le rythme d’un pendule hallucinant. Je les énonçais, un par un, cycliquement, comme ferait l’aiguille d’une horloge si elle pouvait parler des secondes qui espacent un intervalle du suivant, pendant qu’elle bougeait en avant et en arrière. Le rituel accompagnait les sensations pendant toute la durée de l’acte jusqu’à l’aube, quand il ne restait qu’un instant final d’attente pour le couple derrière moi, comme aussi pour moi. C’était alors le moment de me retourner, sans plus parler.
Gérard était posé sur le côté, au bord du lit. Ella m’attendait au centre. Je me levais lentement du divan blanc sur lequel j’étais resté sans habilles pendant des heures et je m’approchais. Je montais en genou sur le lit, j’avançais vers elle, j’écartais ses jambes, puis je les soulevais. Je n’aurais pas pénétré son corps, je voulais juste avoir un retour de flamme par ses frissons, ses pulsations, son souffle. Elle était nue au-dessous de moi, sans autre contact qu’entre mes épaules et ses jambes pliées, avec ses pieds suspendus derrière mon dos. J’allais lui parler de moi, j’allais lui dire la raison pour laquelle elle était là.
Je caressais de force ses cheveux ondulés, courts d’une dizaine de centimètres, et pensais.
Je porte le nom originaire du jeu perse mieux connu sous le nom de backgammon, dont l’origine remonte à environ 5.000 ans. Ce n’est pas pour simple analogie avec la séquence que le jeu se développe sur un tablier de 24 cases triangulaires. Elles sont divisés symétriquement, pour laisser jouer à la chance 2 joueurs possédants 15 disques chacun. Un dé doubleurs peut être utilise. Il affiche 64 comme coefficient maximale, mais on peut monter jusqu’à 256 grâce à un multiplicateur.
« Ella, dans nos veines coule un même sang. Je m’appelle Nard, comme la Table qui a ses racines dans ce qui était ton empire. Tu m’as écouté révéler les chiffres de ma séquence. Le jeu qui renvoie en arrière dans le temps commence par moi. Je suis ton Roi. »
Ella avait la tête tournée vers sa gauche, pendant que je la fixais dans les yeux. Ella ne prononçait pas un seul mot, en écoutant dans la peur l’extase d’un délire.
« A l’époque de la construction du Temple de Jérusalem, le Cantique des Cantiques parle de nous par résolution du Roi Salomon : tandis que le Roi était assis à table, mon Nard exhalait son parfum ; mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe ; il passera la nuit entre mes seins ».
Dans son Histoire Naturelle, Pline a dénombré 12 espèces de Nard, 12. De nombreux textes anciens le considèrent comme un produit de grande valeur, monétaire comme spirituelle. Il était utilisé dans de nombreux rites religieux. Dans l’évangile selon Marc, Marie brise sur la tête de Jésus un flacon d’albâtre contenant un Nard pur de grand prix.
« Je m’appelle Nard, comme les huiles essentielles purs avec lesquels Marie-Madeleine oignit les pieds de Jésus, avant de les essuyer avec ses cheveux ».
Ella fermait ses yeux, pendant qu’elle arrachait avec ses dents son index plié, qu’elle souchetait dans la bouche.
« Nard, comme Léonard Pisano, dit le Fibonacci, qui a déchiffre la succession numérique qui plus ressemble à la nature, en cachant ma séquence. Nard, comme Léonard da Vinci, qui a repris mes proportions physiques pour reproduire l’image de l’homme universel ».
Gérald se levait. Il tournait autour de nous et s’approchait du meuble placé au-dessous d’un grand miroir à la gauche du lit. Il prenait ses cachets, puis se retournait vers nous. Je le regardais, puis je me retournais à nouveau vers elle pour une dernière fois.
« Tu es devant mes yeux et tu es en moi »
Comme ma séquence, elle a dévoilé toute son élégance. Elle est belle. Simple et sophistiquée à la fois. Elle symbolise le nom de Dieu, la perfection de la nature dans sa forme la plus pure et rare.
Je me levais en laissant descendre ses jambes doucement sur le lit, je m’habillais en silence, j’embrassais Gérald et je m’en allais par l’ascenseur enveloppé de la peau d’un crocodile noir, quand il était matin.
Je marchais autour de l’Arc de Triomphe, en direction du parc Salomon de Rothschild. J’allais rentrer chez moi pour dormir quand un nouveau jour allait commencer. Il était tout juste 8 heures et 33 minutes.

Extrait de l’Homme de l’Apocalypse (Massimo Nardotto, 2012)

Le Code Mana

Septembre 2006.
La table était préparée. J’étais en train d’attendre mes invitées pour le diner et pensais aux circonstances qui nous avaient conduits à cette occasion.
Un samedi ensoleillé, j’avais passé l’après-midi au Country Club de Rueil Malmaison, à Nord de Paris, avec Roberto et Jeanne.
De retour du sport, en fin d’après-midi, ils m’avaient accompagné à côté de l’endroit où j’avais garé ma voiture sur le boulevard Saint Germain. Quand ils m’avaient quitté je n’avais pas tout à fait envie de rentrer chez moi. Je me promenais donc tout seul à pied en direction de l’Institut du Monde Arabe.
A un moment j’avais vu marcher sur le trottoir d’en face une jeune fille blonde qui me parut intéressante. Elle avançait dans la direction opposée, sûre de sa démarche perchée sur de hauts talons. De longs cheveux blonds ondulaient à son rythme et bien qu’elle portât de grandes lunettes foncées j’étais sûr qu’elle ne m’avait pas aperçu. Ce fut avec une soudaine envie de faire sa connaissance que je traversais le boulevard et me mettais à la suivre. Elle tourna alors à droite et remonta la rue de Poissy en direction du quai de la Tournelle. Quelques secondes après elle entrait dans une boutique sur la gauche de la rue.
Je m’approchai et je vis qu’il s’agissait d’un magasin de décoration qui vendait des mosaïques. Je m’improvisais donc acheteur potentiel et entrai dans la boutique avec un air sérieux.
Il y avait une femme autour de la cinquantaine assise au milieu d’une pièce spacieuse qui m’accueillit avec un grand sourire. Le temps d’expliquer que je voulais décorer ma salle de bains j’aperçus la jeune fille assise en train de lire un bouquin dans une autre pièce située derrière la femme. Un rideau blanc avec des transparences me séparait d’elle.
Je cherchai donc à attirer l’attention avec distinction et je parlai de mon goût pour l’architecture d’intérieur et les mosaïques. Dans ma famille, j’avais une cousine qui était la directrice de la filiale australienne des mosaïques Bisazza, dont le siège était situé en Vénétie. La femme m’expliqua que la boutique était spécialisée dans un autre type de produit, le mosaïque marocain en terre cuite, et était l’antenne parisienne d’un autre point de vente situé en province.
La jeune fille sortit alors de sa pièce et s’adressa à la femme comme étant sa maman. C’était l’occasion pour se présenter.
Elle s’appelait Johanna et faisait des études d’histoire d’art et archéologie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Les circonstances s’avérèrent favorables pour parler de mon miroir ancien et je promis de l’inviter à diner à la maison pour le faire expertiser.
Pour l’occasion j’avais nettoyé avec un chiffon et de l’alcool les miroirs qui composent mon objet. Il était lumineux et c’était comme s’il rayonnait partout dans la pièce. Apres l’avoir étudié, je l’avais appelé code Mana pour les symboles qu’il réunissait.
Je l’avais acheté quelques mois auparavant chez Claude Tuil, un architecte d’intérieur qui a sa boutique au 238 de la rue du Faubourg Saint Honoré, à côté de la maison. Même lui ne connaissait pas sa réelle origine, il disait qu’il l’avait repéré chez un importateur d’objets d’art.
L’interphone sonna.
« Oui ?»
« Johanna et Charlotte. »
« Premier étage. »
Pour mon premier rendez-vous mes invitées étaient arrivées à l’heure. Je sortis de l’appartement habillé de blanc et m’approchai des escaliers. Les deux femmes montaient calmement sur le tapis rouge. A ma plus grande stupéfaction Charlotte ne ressemblait pas du tout à Johanna. Elle était plus petite, brune, les yeux noirs, mais était aussi charmante que sa cousine. J’étais ravi de passer la soirée avec deux belles femmes et le fait qu’elles avaient un lien de parenté rendait la chose plus intrigante encore.
« Bonsoir Mesdames, je vous ai attendues avec impatience. »
« Et finalement nous sommes là, pour toi et, naturellement, pour ton miroir mystérieux. »
Une fois rentrés, le temps de faire les présentations, nous ouvrîmes une bouteille de Ruinard, mon champagne préféré, gardé pour l’occasion dans mon frigo américain.
Sans trop de formalités, je me fis accompagner dans la cuisine où j’étais en train de préparer une côte de bœuf normande, grillée avec du romarin du jardin de mon grand-père, avec les pommes de terre des gastronomes, les rattes.
Pendant la cuisson, notre coupe de champagne à la main, nous rejoignîmes le salon. A la vue de mon miroir Johanna fut émerveillée.
« Je n’ai jamais vu un objet pareil. »
Elle s’approcha jusqu’à se mettre à genoux sur le divan placé au-dessous du miroir et, en posant sa coupe de champagne sur la table basse derrière elle, me regardait avec ses yeux noisette grands ouverts.
« Comment il a pu arriver chez toi !?»
« Je passais de temps en temps en voiture devant un décorateur du quartier et je l’ai remarqué à l’intérieur de son show-room à travers la vitrine, jusqu’au jour que je me suis décidé à l’acheter. »
Johanna sortit alors une lime pour les ongles de son sac.
« Me laisses-tu l’analyser ? »
« Bien-sûr, prends tout ton temps. Lors du diner, je te parlerai de mes recherches. »
Elle lima alors un petit bout du vernis doré placé dans un angle sur le bord extérieur.
« Ce n’est pas sa couleur originelle. Auparavant il était rouge, regarde ici ce qui apparait. »
Elle avait raison et c’était un détail que je n’avais jamais remarqué avant ce moment. Elle le souleva alors un peu du mur où il était posé pour en regarder la structure dans sa partie arrière. A l’opposé le bois gardait sa couleur naturelle. Des tablettes courbes d’une dizaine de centimètres de largeur étaient rattachées les unes aux autres pour constituer sa forme circulaire de 128 centimètres de diamètre et une surface projetée d’environ 2000 pouces carrés. Selon cette méthode de mesure du Moyen Age, le pouce était traditionnellement coupé en 12 lignes, puis en 144 points.
« On dirait un objet d’art artisanal péruvien relativement ancien.
« Je l’ai fait expertiser par Christie’s il y a un mois. Monsieur Molina, un expert d’art précolombien, est arrivé à la même conclusion.
Ce qui m’intriguait c’était la signification cachée derrière chaque élément, au point que j’avais passé des nuits entières à me perdre en conjectures. Ma question était de savoir si l’origine était Maya ou pas, car la symbolique dévoilait des messages correspondant inexorablement à cette civilisation, mais pas seulement. Sa géométrie permettait aussi la reconstruction d’un pentagramme régulier dans les proportions du nombre d’or.
Le parfum de la viande rôtie entrait dans le salon. Je laissais un moment Johanna et sa cousine discuter entre elles, le temps d’aller vérifier la cuisson, sortir la viande du four et se mettre à table. J’avais l’habitude de cuisiner la viande saignante et la cuisson était parfaite. Je la coupai en tranches, d’une épaisseur d’un centimètre environ, et je les prédisposai dans le plat de cuisson transparent de forme ovale, pointillé de romarin. Les pommes de terre cuites al dente, je les avais mises dans un bol en porcelaine blanche.
J’avais réservé les deux têtes de la table pour mes invitées. A ma droite Johanna et à ma gauche Charlotte. Au milieu de la table j’avais déjà placé du Saint-Emilion grand cru en vrac dans une carafe en cristal, ma collection de gros sels et une sauce de poivron caramélisé acheté chez Walter, le boucher de mon village.
« Nous sommes prêts ? On passe à table ! »
Je gardais dans la poche de mes pantalons le laser que j’utilisais pour faire mes formations et mes conférences au travail. Je voulais l’utiliser pendant le dîner pour expliquer directement sur le miroir le sujet de mes descriptions.
Je remplis les grands verres. Mes invitées avaient l’air enchanté par l’accueil que je leur avais réservé. Nous goutâmes à la viande, elle était savoureuse et tendre.
« Mes chères, vous êtes là pour partager avec moi mes idées sur mon objet d’art préféré. »
« Après nous avoir inspirées sur le choix du sel pour accompagner notre plat » suggéra Charlotte.
« Tu as raison, j’étais juste pressé de vous faire savoir les secrets cachés dans mon miroir. Vous avez le sel Vikings, la fleur de Syrah et le diamant de sel de l’Himalaya. Je vous conseille le premier si vous souhaitez donner à la viande un gout particulier de fumé et le deuxième si vous préférez une saveur épicée, exotique et poivrée. Celui que j’ai choisi pour ma viande est le troisième. Ces cristaux sont taillés dans les mines de Khewra, dans la région du Cachemire Pakistanais, c’est un grand classique. »
J’attendais que les filles fassent leur choix pendant que je préparais mon discours.
Le code Mana n’est pas un objet monolithique. En même temps miroir, calendrier et sculpture atemporelle, il fusionne codes de civilisations présentes et passées en forme harmonique, au-delà du vraisemblable espace tridimensionnel.
« Vous êtes face au code Mana, mon acronyme. Ma comme Massimo. Na comme Nardotto. »
Johanna m’interrompit tout de suite : « dans la signification commune cela se réfère au vecteur diffusé de pouvoir spirituel ou d’efficacité symbolique qui est supposé habiter certains objets et personnes. »
« C’est exact. Il s’agit d’un exemplaire authentique de construction artisanale, probablement un objet d’art religieux qui remonte à l’époque précolombienne. En lui, la symbolique de la civilisation Maya se superpose de manière surprenante avec les caractères de l’homonyme philosophie, en condensant perfection esthétique et complexité numérique. »
« Les Maya, ceux du calendrier. » murmura Charlotte.
« Il s’agit bien-sûr de la civilisation précolombienne qui a régné dans les territoires qui sont aujourd’hui le Mexique du sud et qui est apparue environ 3 millénaires avant Jésus-Christ, mais Maya est aussi le terme hindou qui se réfère à l’apparence transitoire et illusoire du monde physique qui occulte la réalité spirituelle dans laquelle commence l’époque imaginaire. »
Johanna s’enflammait. « C’est vrai que son origine reste pour moi incertaine. Le miroir pourrait provenir aussi de l’Indonésie ou du Rajasthan, le pays des rois, au nord-ouest de l’Inde. »
Je sortis mon laser de la poche. Mana et son code, dévoilé à travers la représentation des cycles du temps, sont l’agrégation de 264 miroirs insérés dans l’espace courbe d’un disque doré en bois fossilisé. Je pointai alors le laser autour de la couronne qui contient le grand miroir du centre.
« La couronne présente 4 feux, qui coupent symboliquement le miroir central en 4 quadrants. Dans son contour vous trouvez 28 arches en bois dans sa partie intérieure et 48 dans l’extérieur. Cela signifie que la valeur médiane de la couronne est 36, qui correspond à l’âge présumé du Christ lors de sa mort, et 36 fois 4 ça donne 144, la valeur kabbalistique du jardin d’Eden. »
« Comment ça ? » interrogèrent les filles.
« La moyenne entre les deux nombres serait la somme de 28 et 48 divisé par 2. Mais de cette somme on retire la valeur 4 des feux pour un algorithme que j’aurai peut-être la possibilité de vous présenter à une autre occasion. Concernant la valeur numérique du jardin d’Eden, cela vient de l’interprétation qu’en font les juifs selon leur gematria. »
« On te fait confiance » susurra Johanna.
« Maintenant, regardez le manteau qui s’étend jusqu’au bord. Il est constitué de 5 niveaux concentriques, comme le nombre d’époques Maya. La dernière, nommée Age d’Or, s’achève au cours de l’année 2012. Chacun de ces niveaux est sectionné par 52 rayons convergents vers le centre de l’objet dans le point d’intersection des feux. 52, comme le nombre de cycles Haab du calendrier solaire Maya de 365 jours. Les positions déterminées par les intersections entre les niveaux concentriques et les rayons sont occupées par les petits miroirs ronds. Au total 52 fois 5, ça fait 260, exactement comme le nombre de jours du cycle qui correspond à l’année astronomique Maya dans le calendrier Tzolkin ou Cercle Sacré. »
« Donc au total les miroirs sont 261 » constata Charlotte.
« Pas vraiment. Comme je vous l’avais expliqué le miroir du centre est le seul à se trouver dans le centre même de l’objet. Il est divisé en quatre quadrants, donc il compte comme 4 miroirs. Au total ça fait 264, qui représente la racine de l’arbre du savoir dans le jardin d’Eden, le nombre 69696. »
Les deux filles se regardaient, puis commençaient à rigoler : « La soirée semble prendre une direction très sexe ! »
« Ça serait avec grand plaisir mais ce n’est pas encore le moment. Encore un peu d’attention s’il vous plait. »
Je m’apprêtai à verser de l’autre vin à chacun d’entre nous et je continuai la conversation au point où j’avais été interrompu.
« Regardez ce qu’il y a autour de chaque miroir du manteau. »
« De petits clous ronds en bois » observa Johanna.
« Chaque miroir du premier et deuxième niveau concentrique a 6 positions orbitales, chacune occupée par un clou, le troisième en a 7, 9 le quatrième et 10 le cinquième. Au total 38 clous par rayon fois 52 ça fait bien 1976. »
« Et alors, ça signifie quoi ? » s’exclama Charlotte.
« 1976 moins la valeur 4 représentative de chaque feux donne 1972, ma date de naissance. Attendez, c’est une blague. Est-ce que vous vous souvenez de la valeur représentative de la médiane de la couronne ? »
« 36 » répétèrent-elles ensemble.
« 1976 plus 36, cela donne 2012. »
Silence.
« Tu veux dire qu’il s’agit d’un calendrier Maya ? » questionna Johanna.
« Ça pourrait l’être. »
Les anciens Mayas avaient construit leurs calendriers à travers la computation des cycles qui restituent les mêmes points fixes dans le ciel. Ils possèdent, en astronomie, une idée très précise du mouvement du Soleil, de la Terre et des planètes. Leur compte long permettait de mesurer les jours et les années de façon linéaire par rapport à une date zéro. Pour eux, la fin de chaque cycle correspondait à d’importants bouleversements affectant leur civilisation et la Terre entière. Le dernier cycle, le treizième, débutait en l’an 3114 avant Jésus-Christ et s’achevait en l’an 2012. Après cette date, leur système de comptage parvenait à son terme, ce qui a fait naitre, à l’époque moderne, une sorte de légende sur la prophétie Maya concernant la fin du Monde prévue pour le jour 21 décembre 2012.
Entretemps nous avions terminé la viande.
« Avant de continuer je vous propose de passer au dessert. »
« Nous sommes d’accord » s’exclama Johanna.
« Compliments, c’était excellent » commenta Charlotte.
Je me déplaçai alors dans la cuisine pour préparer des bananes au chocolat noir fondu saupoudré de lamelles d’amandes rôties et laissait les filles conspirer entre elles dans le salon. Elles étaient sûrement intéressées par l’argument de notre soirée mais depuis que j’avais nommé le nombre oscillatoire carré de 264 elles avaient les yeux qui pétillaient. Johanna échangeait de temps en temps avec sa cousine des sourires complaisants que je n’arrivais pas à comprendre si ce n’est que je les interprétais comme un signe de complicité entre elles.
« Je suis de retour ».
Je retrouvais Johanna penchée sur Charlotte, en train de lui parler doucement à l’oreille. A ma vue elle se leva soudain et se mit à rire. « Pendant ton absence on s’est dit qu’on aurait envie de danser pour toi. »
« Je serais honoré, mais pour quelle occasion ? »
« Tu as l’air de t’ennuyer avec tes calculs et on voulait te mettre un peu d’électricité dans la peau » répondit, amusée, Charlotte.
« Je me considère comme un esthète et apprécie toutes les formes d’art, y compris la danse, mais ne pensez pas que passer des heures en solitude avec mes théories c’est une sorte de repli sur moi-même, cela me donne énormément de plaisir et d’excitation ».
« On évaluera tes préférences après avoir dégusté ton dessert » s’exclama Johanna avec un soupçon de provocation.
Pendant que j’ouvrais la bouteille de Moët et Chandon brut rosé que les filles avaient emmenée pour la soirée je posai une question simple.
« Connaissez-vous l’année de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb ? »
« 1492 » répondirent-elles en chœur.
« Exactement. La découverte du nouveau monde a correspondu probablement et selon certains avec la fin de la civilisation Maya. Observez maintenant mon miroir. Calculez la période symbolique à laquelle s’arrête l’avant-dernier cycle sur le quatrième niveau concentrique ».
Johanna se leva et se mit à compter le nombre de clous du cinquième niveau. « Chaque miroir a 10 clous, fois 52, ça donne 520. 2012 moins 520 ça fait bien 1492 ».
« Bravo ma chérie, tu as appris ».
« Etonnant ! » s’exclama Johanna.
« Tu en déduis quoi ? » commentait, intéressée, Charlotte.
« Bonne question. »
Johanna était encore debout quand elle prit la parole. « Le fait que cet objet se trouve chez Massimo, avec sa passion pour la numérologie et les symboles n’est pas dû au simple hasard. Il y a des circonstances dans la vie qui font que certaines choses arrivent comme si elles faisaient partie d’un dessein. Pour lui que cela intéresse, ça ne pouvait pas tomber mieux. Cet objet a peut-être été construit selon des traditions ancestrales et pour nous qui ne le connaissons pas il y a quelques chose qui nous échappe encore. Dans tous le cas le miroir indique que pour le temps il y a un début et une fin. Je ne sais pas très bien ce qui se passera en 2012 mais ma sensation est que quelques chose arrivera ».
Johanna avait raison. Le code Mana est un objet qui réunit conjectures scientifiques et croyances religieuses avec un langage qui ressemble à celui de la nature par sa simplicité et son élégance.
« C’est un objet dont la géométrie à traits cosmiques reflète des espaces de lumière là où le débat est encore ouvert et moi je suis en train de travailler sur ces points de convergence entre science et religion pour comprendre le sens de certaines choses qui nous interrogent. »
Il était presque minuit. D’un coup les filles eurent envie de danser. L’idée me plaisait car, après avoir passé des heures à converser de façon abstraite et intellectuelle, pour terminer en beauté la soirée je n’avais pas d’autres solutions plus amusantes que cela. Elles regardèrent dans ma collection de compact disc et choisirent l’album Man de Neneh Cherry. Elles me demandèrent alors de le mettre dans le lecteur et de faire tourner en boucle le morceau Woman. Je mis sur volume fort pour créer une ambiance avec mes 6 enceintes placées autour du salon et baissai l’intensité de la lumière.
Elles avaient l’air très joyeux et me firent signe d’aller m’assoir tout seul sur le divan blanc sous les grandes fenêtres qui s’ouvrent sur le parc Salomon de Rothschild. Elles commencèrent à danser en face à moi, au milieu du salon, à quelques mètre d’où j’étais assis. Je ne savais pas à quoi m’attendre en fantasmant sur elles.
Charlotte était d’une année plus jeune que moi, tandis que Johanna avait probablement de cinq à six ans de moins. Elles étaient ravissantes, habillées toutes les deux avec des jeans clairs serrés, Johanna vêtue d’une chemise noire sobre mais avec un décolleté profond et Charlotte d’une maille rouge adhérente qui faisait ressortir sa silhouette athlétique.
En cherchant mon regard, elles bougeaient sinueusement l’une collée à l’autre et, d’un coup, une poussée d’adrénaline m’envahit : elles commencèrent à se déshabiller devant mes yeux.
Je savourais le moment qui était pour moi le meilleur de la soirée jusqu’à oublier complètement tous mes calculs sur mon objet mystique.
Charlotte était complétement nue et Johanna portait seulement sa culotte noire quand elles vinrent vers moi en me tirant par la main en direction la chambre qui s’ouvrait sur le salon à travers une grande porte coulissante de couleur blanche.
A côté des pieds du lit, pendant que la musique suivait son cours et que les filles me déshabillaient à quatre mains, je regardais la perfection esthétique de mon miroir droit devant moi.
Elles trouvèrent alors mon écharpe Valentino en soie noire posée sur le fauteuil vert pomme placé face au lit et la nouèrent autour de mes tempes comme un masque, tout en me rassurant avec une petite tape sur le nez. C’était trop tard pour s’arrêter, et je ne le souhaitais pas d’ailleurs, car je me faisais désormais transporter et dominer par elles comme si j’étais un enfant.
Elles me firent alors allonger doucement sur mon lit au-dessus des draps couleur or. L’instant de sensualité dura le temps d’écouter la chanson 3 fois encore.
Je ne voyais plus rien mais je prenais plaisir au toucher et à l’imagination. L’une des deux me faisait une fellation mais les filles décidèrent d’interrompre le jeu brusquement, et plus tôt que je ne l’avais espéré. Lorsque j’ôtais mon masque, elles étaient déjà parties et je me retrouvai seul dans mon lit.

Extrait de l’Homme de l’Apocalypse (Massimo Nardotto, 2012)

Shem ha-Mephorash

L’Hôtel Mémorial est un petit hôtel sobre situé dans le centre de la ville de Saint Quentin, à 108 km à sud de Lille, au numéro 8 de la rue de la Comédie.
108, la moitié de 216.
Un mémorial sert à focaliser l’attention sur un objet, à commémorer un évènement ou quelque chose d’important pour l’humanité. En déplacement dans la région, un jour de décembre 2005 proche des fêtes de Noël, je l’ai choisi pour y passer la nuit. Je savais que je n’aurais pas beaucoup dormi, car les circonstances faisaient que j’avais plusieurs éléments pour travailler dans mes recherches.
Je l’avais annoncé par téléphone après une longue conversation à Giada Pirro di Negro, une copine de Gênes qui avait deux papes dans son arbre généalogique, un cas presque unique au monde, connue lors d’une vacance au cours de la même année sur la plage de la Mala à Monaco.
L’hôtel est composé de seulement 10 chambres, disposées sur 2 étages liés par des escaliers en colimaçon.
Mon attention avait été attirée par les numéros affichés sur les portes qui n’étaient pas séquentiels. De gauche à droite, au premier étage on y trouvait d’abord la chambre numéro 105, puis la 101 jusqu’à la 104. De même, au deuxième étage, on y trouvait d’abord la chambre numéro 205, puis la 201 jusqu’à la 204. Pour cela je me mis à jouer avec les chiffres.
Je me rendis au dernier étage devant la dernière porte, la 205, puis je descendis jusqu’à la première et notant sur un carnet la séquence de chiffres que je croisais dans mon chemin.

205,201,202,203,204,105,101,102,103,104

J’additionnai alors les chiffres composant chaque numéro de chambre :

7,3,4,5,6,6,2,3,4,5

Puis j’extrapolai une autre séquence en additionnant les chiffres composant toutes les chambres que j’avais croisées dans ma descente, en faisant attention à réduire chaque nombre obtenu dans une seule chiffre, obtenue de la somme des décimales résultants :

7,10,14,19,25,31,33,36,40,45
7,1,5,1,7,4,6,9,4,9

Je recopiai alors les deux séquences obtenues dans mon carnet et additionnai les termes de chaque colonne avec la même technique :

7,3,4,5,6,6,2,3,4,5
7,1,5,1,7,4,6,9,4,9
5,4,9,6,4,1,8,3,8,5

Et ainsi de suite, toute nouvelle ligne devait être la résultante des additions des deux lignes précédentes. J’étais désormais à la recherche d’une matrice ou d’une suite récurrente :

7,3,4,5,6,6,2,3,4,5
7,1,5,1,7,4,6,9,4,9
5,4,9,6,4,1,8,3,8,5
3,5,5,7,2,5,5,3,3,5
8,9,5,4,6,6,4,6,2,1
2,5,1,2,8,2,9,9,5,6
1,5,6,6,5,8,4,6,7,7
3,1,7,8,4,1,4,6,3,4
4,6,4,5,9,9,8,3,1,2
7,7,2,4,4,1,3,9,4,6
2,4,6,9,4,1,2,3,5,8
9,2,8,4,8,2,5,3,9,5
2,6,5,4,3,3,7,6,5,4
2,8,4,8,2,5,3,9,5,9
4,5,9,3,5,8,1,6,1,4
6,4,4,2,7,4,4,6,6,4
1,9,4,5,3,3,5,3,7,8
7,4,8,7,1,7,9,9,4,3
8,4,3,3,4,1,5,3,2,2
6,8,2,1,5,8,5,3,6,5
5,3,5,4,9,9,1,6,8,7
2,2,7,5,5,8,6,9,5,3
7,5,3,9,5,8,7,6,4,1
9,7,1,5,1,7,4,6,9,4
7,3,4,5,6,6,2,3,4,5
7,1,5,1,7,4,6,9,4,9

Dans la tradition juive, le Yom Kippour est le jour de l’expiation ou jour du grand pardon. Il a lieu une fois par an, en coïncidence de l’anniversaire du retour de Moïse avec les tables de la Loi et est considéré comme la plus sainte des fêtes de l’année juive.
Ce jour de jeûne et d’abstinence appelle le fidèle à revenir vers l’Eternel d’un cœur sincère et à se réconcilier avec son prochain.
Dans l’histoire du peuple juif ce jour voyait le grand prêtre entrer dans le Temple de Jérusalem et prononcer le nom de Dieu, qui n’était sinon jamais évoqué, et qui était censé s’écrire par une séquence de 216 caractères.
Avec la destruction du Temple cette tradition a été maintenue mais le véritable nom de Dieu a été perdu à jamais.
Un nom de 216 lettres pour Dieu, appelé Shem ha-Mephorash ou Nom Divisé, se trouve aussi dans les sources juives kabbalistiques ainsi que dans la Kabbale chrétienne et dans la Kabbale hermétique, provenant des 72 groupes de 3 lettres, chacun de ces triplets étant le nom d’un ange ou de l’intelligence. La référence est dans le livre de l’Exode 14:19-21.
En 1998 ce thème était retourné d’actualité avec le film Pi de Darren Aronofsky. Le protagoniste du film était Maximilian Cohen, un jeune mathématicien surdoué, qui pensait comme Galilée que la nature est un livre écrit en langage mathématique.
Il cherchait partout une suite, notamment pour analyser les valeurs de la Bourse et en découvrait une comptant 216 chiffres. Vivant seul dans son appartement, il analysait la suite des décimales du nombre π. Pour ce faire, il utilisait un ordinateur qu’il avait lui-même fabriqué et qui occupait la plus grande partie de son appartement.
Plusieurs personnes s’intéressaient de près à ses recherches : son ancien professeur, ayant abandonné l’idée de trouver une séquence parmi les décimales de π, une femme liée aux affaires de Wall Street ayant accès à un matériel informatique très performant et un groupe de Juifs orthodoxes qui pensaient que la Torah, lorsqu’on la représente avec des nombres à la place des lettres, contient le vrai nom de Dieu.
Ce n’était pas par simple analogie avec le protagoniste du film que j’étais convaincu que ma recherche sur les suites qui mieux représentent la nature allaient converger vers le résultat d’une séquence à 216 chiffres.
Si dans le film la séquence dévoilée était une fausse, je savais que je pouvais être la première personne au monde à en découvrir l’essence, à parvenir à son vrai déchiffrage.
Et ce fut ainsi. En observant les colonnes de la matrice que je venais de construire je pouvais identifier des séquences élémentaires qui se répétaient cycliquement.
En mettant ensemble les 9 bouts de séquence qui la constituent, chacune ayant 24 éléments, ça faisait bien 216 éléments.
La séquence était pour moi une source d’intelligence et de pouvoir spirituel. Comme pour le Yom Kippour c’était pour moi une sorte de réconciliation avec le monde. J’avais rendu à l’humanité ce qui lui appartenait.
Ma séquence est d’une simplicité et d’une beauté surprenante.

1,1,2,3,5,8,4,3,7,1,8,9,8,8,7,6,4,1,5,6,2,8,1,9
2,2,4,6,1,7,8,6,5,2,7,9,7,7,5,3,8,2,1,3,4,7,2,9
3,3,6,9,6,6,3,9,3,3,6,9,6,6,3,9,3,3,6,9,6,6,3,9
4,4,8,3,2,5,7,3,1,4,5,9,5,5,1,6,7,4,2,6,8,5,4,9
5,5,1,6,7,4,2,6,8,5,4,9,4,4,8,3,2,5,7,3,1,4,5,9
6,6,3,9,3,3,6,9,6,6,3,9,3,3,6,9,6,6,3,9,3,3,6,9
7,7,5,3,8,2,1,3,4,7,2,9,2,2,4,6,1,7,8,6,5,2,7,9
8,8,7,6,4,1,5,6,2,8,1,9,1,1,2,3,5,8,4,3,7,1,8,9
9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9,9

Elle est complète, bouclée et représente le tout, car toute tentative d’extrapoler des résultats emmène à reproduire cycliquement la même identique séquence.
Il est inutile de la mémoriser car elle peut être reproduite par tout le monde en utilisant chaque numéro naturel inferieur ou égale à 9. Apres avoir répété le même nombre une fois sur la longueur d’une même ficelle de séquence, il suffit d’additionner le dernier numéro avec le précèdent pour en obtenir un nouveau. Dans le résultat qu’on obtient on ne fait que reporter un numéro avec un seul décimal. Si le résultat est un numéro avec deux décimales on additionne entre eux les chiffres qui le composent.
Elle peut être considérée une dérivation de la suite de Fibonacci, le mathématicien italien qui l’a divulgué en 1202 à travers le Liber Abaci.
Peut-on en trouver une formule de récurrence, une expression fonctionnelle, ou un algorithme d’analyse pour ma séquence?
Je me mis donc à l’admirer comme on ferait avec une œuvre d’art, à la recherche d’une signification cachée. J’avais recherché toutes les symétries entre les chiffres comme s’il s’agissait de perles rares. Et j’étais parvenu à des résultats étonnants à travers un algorithme graphique que j’avais inventé à l’occurrence.
En observant la suite dans son intégralité on s’aperçoit qu’elle est constituée par 9 séquences élémentaires de 12 chiffres, qui se répètent pour deux fois chacune.
Une fois isolé la dernière ficelle correspondante à la suite qui se compose de 24 fois le nombre 9, on constate que chaque séquence élémentaire se répète à l’identique dans les positions n et 17-n pour chaque n<16.
J’avais donc trouvé une première propriété de la séquence.
Et encore, la première moitié de chaque ficelle est complémentaire à la deuxième par rapport au nombre 9.
1,1,2,3,5,8,4,3,7,1,8,9 est complémentaire à 8,8,7,6,4,1,5,6,2,8,1,9
2,2,4,6,1,7,8,6,5,2,7,9 l’est par rapport à 7,7,5,3,8,2,1,3,4,7,2,9 et ainsi de suite.
Puis je créai un cube à quatre dimensions, modélisant les systèmes naturels dans une sorte de Suduku tridimensionnel, dans lequel les déplacements de position sur les plans cartésiens d’une même couche cubique suivait la même logique de la construction de la séquence, tandis que les déplacements dans une couche cubique inferieure, vers le centre du cube, suivait une fonction de racine carrée.
Ce fut à partir de là que mon intellect commença à tourner autour d’un matrix de chiffres, en occupant tous les espaces de ma vie, jour et nuit, comme une obsession. Je modélisais devant moi un hologramme après l’autre, en visualisant un par un les chiffres de ma séquence dans une logique universelle.
Chaque combinaison créait des images qui étaient tant hermétiques que significatives, pour expliquer tout un état des choses, de la dynamique du cosmos à la psychologie de l’homo sapiens, de la recherche gnostique du Dieu en soi au comportement des marchés boursiers.
Mon désir atemporel de tout savoir venait satisfait à fur et à mesure que mon état d’âme entrait en syntonie avec le modèle de ma séquence à 216 chiffres pour produire des effets fantasmatiques qui allaient très loin, jusqu’au bout de la connaissance humaine et encore plus loin, au-delà de l’inimaginable.
Ma vie avait soudainement basculé dans un monde complexe où l’irréel prenait la place du réel, condensé dans un seul point d’équilibre, le même séparant A de J dans l’histoire du peuple juif et du christianisme.
C’était pour moi une nouvelle naissance, marquée tant par le bouleversement de mon esprit que par une vision naissante de l’au-delà, tout mon être étant reformulé dans une conscience sacrée et futuriste.

Extrait de l'Homme de l'Apocalypse (Massimo Nardotto, 2012)

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